Randonnée Hell-Bourg – Bélouve : lire le cirque de Salazie, du fond du cirque au rempart

Le sentier qui monte d'Hell-Bourg vers Bélouve est bien plus qu'une montée en forêt. En 520 mètres de dénivelé, il offre l'une des plus belles lectures de paysage de La Réunion : celle du cirque de Salazie, de ses remparts, de ses cascades et de son histoire humaine. Le Parc national de La Réunion lui consacre d'ailleurs un volume entier de sa collection « Histoires de paysages ». Voici ce que vous découvrirez en chemin, et pourquoi nous aimons tant y emmener nos randonneurs.
Le sentier Hell-Bourg – Bélouve en pratique
Le départ se trouve au-dessus du village d'Hell-Bourg. On y accède par la route départementale 48, depuis la route de Salazie (RN2). Après avoir traversé le village, on tourne à gauche en direction du « Champ de Foire », jusqu'au parking de Bellevue : une aire de pique-nique aménagée au milieu d'une forêt de cryptomérias. Le sentier part au fond à droite.
Le chemin monte sur le rempart jusqu'au point de vue de Bélouve, à 1 500 mètres d'altitude, avec un dénivelé important de 520 mètres. Ce sentier n'est pas adapté à un public trop jeune, en mauvaise condition physique ou peu entraîné, et qu'il est déconseillé par temps de pluie, car le sol est parfois glissant. C'est précisément là qu'un guide fait la différence : rythme adapté, choix du bon créneau météo, et surtout les clés pour comprendre ce que l'on regarde.
Les remparts, un livre ouvert sur l'histoire du Piton des Neiges
Depuis le sentier, les remparts de Salazie montrent des couches superposées. Ce sont des coulées de lave empilées, issues de l'activité effusive du Piton des Neiges : les plus anciennes se trouvent à la base du rempart, les plus récentes au sommet. Si l'on peut lire cet empilement aujourd'hui, c'est parce que des effondrements volcaniques et le creusement par l'eau ont dévoilé « l'intérieur » du volcan. Les remparts sont nés de l'érosion, lors du creusement du cirque.
Regardez aussi les roches claires qui semblent plaquées contre les remparts, visibles depuis la route et, aux jumelles, depuis le point de vue du sentier. Ce sont des ignimbrites, témoins de la fin de vie explosive du Piton des Neiges. Après avoir longtemps produit une lave fluide, le volcan s'est mis à émettre un magma plus visqueux. Lors de ces éruptions explosives, il a projeté d'énormes quantités de cendres et de lave qui ont partiellement comblé le cirque de Salazie. Ces émulsions de gaz et de lave, soudées à chaud, ont donné une roche imperméable, de couleur claire, peu ou pas végétalisée. L'érosion a ensuite emporté la majeure partie de ce remplissage et mis les ignimbrites au jour.
La vallée suspendue du bras de Sainte-Suzanne
En face de vous, de l'autre côté de Salazie, une forme en « V » se dessine sur le rempart. Pour la comprendre, il faut imaginer le Piton des Neiges avant la formation des cirques : le volcan avait encore tous ses flancs, et l'eau incisait déjà ses pentes pour y creuser des vallées. Avec la formation du cirque de Salazie, l'amont de la vallée du bras de Sainte-Suzanne s'est effondré et a disparu au fond du cirque. Privée d'eau, cette vallée « suspendue », tronquée par le cirque, ne subsiste plus que sous la forme de ce « V » singulier délimité à ses pointes par le Cimendef et Roche écrite.
Le piton d'Anchain, entre géologie et mémoire
Le piton d'Anchain, de forme trapézoïdale, est caractéristique du cirque de Salazie. Ses coulées ont une pente inverse : elles se dirigent vers l'amont au lieu de l'aval. Ce relief n'est donc pas à sa place. Il s'agit en réalité d'une partie du Gros Morne qui s'est détachée, a glissé et a basculé en arrière, il y a un peu moins de 70 000 ans.
Son nom est celui d'un esclave marron, ou viendrait du malgache « an tsaina », « chez Saina ». Dans son recueil Les Salaziennes, le poète réunionnais Auguste Lacaussade décrit Anchain comme un esclave marron et valorise pour la première fois l'acte de résistance face à l'esclavage. Né de l'oralité, ce nom s'écrit d'au moins 13 façons différentes, comme piton d'Anchaing ou piton d'Encheine.

L'eau, maîtresse des lieux : nuages et cascades
Tout au long de la montée, observez la progression des nuages dans le cirque. Les alizés, venus de l'est, poussent des masses d'air chaud contre les remparts de l'entrée du cirque. En montant le long des parois, cet air se refroidit et se condense : il pleut donc régulièrement à l'entrée du cirque, tandis que les villages du fond, abrités par les remparts, reçoivent des pluies moins abondantes. Ce sont toutefois les pluies des perturbations tropicales qui sont les plus intenses : elles représentent plus de la moitié des précipitations annuelles, concentrées sur de courtes durées pendant la saison chaude.
Autre détail qui intrigue : les cascades du rempart rive droite ne naissent pas au sommet, mais dans son tiers supérieur. L'eau de pluie tombe sur le plateau de Bélouve, au sommet du rempart sud de Salazie, puis s'infiltre jusqu'à une nappe souterraine posée sur une couche imperméable. Cette couche, légèrement inclinée vers l'océan, provoque une résurgence au flanc du rempart, qui alimente tout un cortège de cascades, dont la plus célèbre est le Voile de la Mariée. Ce sont les mêmes eaux souterraines qui alimentent la cascade du Trou de Fer et Takamaka.
Bad-lands et îlets : un cirque façonné par l'Homme et par l'eau
Au fond du cirque, les matériaux issus d'éboulements et de glissements de terrain sont fragiles. L'eau les incise sans difficulté et dessine des bad-lands, des vallons secs à très forte pente dont les formes évoluent rapidement. Au XIXe siècle, faute de terres cultivables, certaines familles se sont installées dans ces zones hostiles. Le 26 novembre 1875, une partie du Gros Morne s'est effondrée et a fait disparaître le village entier de Grand Sable, faisant 63 morts. Le lieu n'a plus jamais été habité.
Salazie est aussi le cirque le plus marqué par l'occupation humaine. Il a d'abord servi de refuge à des esclaves en fuite, avant que des habitants de Saint-André et de Sainte-Suzanne n'y obtiennent des concessions de terres. Autour de la source thermale de Bé Maho, « aux nombreux mahots » en malgache, Hell-Bourg s'est développé et la station thermale est devenue un lieu de villégiature. La route n'est devenue praticable qu'en 1890, les premiers habitants de Mare à Poule d'eau devaient traverser la rivière du mât plus de 30 fois pour atteindre leur village depuis la côte.
Une végétation qui raconte la présence humaine
Le long du sentier, la végétation témoigne elle aussi de l'histoire. Aux kiosques, les arbres alignés, tous de même diamètre, forment une forêt cultivée de cryptomérias du Japon, utilisés dans les années 1950 pour répondre à la demande en bois et lutter contre l'érosion des sols. En début de sentier, une exploitation de camphriers : froissez une feuille, et un fort parfum de camphre s'en dégage. C'est ce qui rend son bois imputrescible, car son odeur éloigne les insectes.
Après le petit pont apparaissent les cultures de chouchou, originaire du Mexique et introduit à Salazie au XIXe siècle. Incontournable dans le cirque, il se comporte pourtant comme une plante envahissante, comme le goyavier, le longose ou le raisin marron que vous croiserez aussi. Un geste simple aide à limiter leur propagation : nettoyer vos chaussures avant et après la randonnée, car les semelles peuvent transporter des graines.
Les habitants à plumes du sentier
Levez la tête : le Papangue, unique rapace nicheur et endémique de l'île, chasse dans les espaces ouverts comme les cirques. Sous les arbres, guettez l'Oiseau la Vierge, endémique de La Réunion, qui vit presque toujours en couple et capture des insectes en vol, sa longue queue lui servant de gouvernail. L'Oiseau-lunettes gris, le plus commun des oiseaux endémiques, se rencontre partout, « du battant des lames au sommet des montagnes ». Et sur les bords du chemin, les grandes toiles des néphiles dorées, les « bibes », sont tissées par les femelles, bien plus grosses que les mâles.

FAQ – Randonnée Hell-Bourg – Bélouve
Quel est le dénivelé du sentier Hell-Bourg – Bélouve ?
Le sentier présente un dénivelé important de 520 mètres et monte jusqu'au point de vue de Bélouve, à 1 500 mètres d'altitude.
Le sentier est-il accessible à tous ?
Il n'est pas adapté à un public trop jeune, en mauvaise en condition physique ou peu entraîné. Une balade plus courte est alors recommandée, sans monter jusqu'au gîte.
Peut-on y aller par temps de pluie ?
C'est déconseillé : le sol est parfois glissant.
Où commence le sentier ?
Au parking de Bellevue, au-dessus d'Hell-Bourg, direction « Champ de Foire » : le départ se trouve au fond à droite de l'aire de pique-nique.
Le site est-il protégé ?
Oui. Le cœur du Parc national coïncide avec le bien inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Pitons, cirques et remparts de l'île de La Réunion ».
Randonnez à Bélouve avec un guide de montagne
Chez Trail Réunion, nous organisons des départs collectifs à Bélouve en petit groupe de 5 personnes maximum : les lundis 19 octobre, 26 octobre, 2 novembre et 9 novembre 2026.
Vous préférez une sortie sur mesure ?
Nous proposons aussi des randonnées privatives.
👉 Réservez votre place sur www.trailreunion.com
Sources
Parc national de La Réunion, collection « Histoires de paysages », Vol. 2 : « Découvrir Salazie depuis le sentier d'Hell-Bourg / Bélouve » (2021), p. 5, 8-16, 18-26 et 28-31, 34-35.
.png)
.png/v1/fill/w_320,h_320/file.jpg)



Commentaires