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L'esclavage à La Réunion

L'histoire de l'esclavage sur l'île de La Réunion est complexe et douloureuse.


Pendant plus de deux siècles, la population de l'île a été construite sur l'exploitation de milliers d'esclaves Malgaches, Africains, Indiens et Asiatiques qui ont été déportés pour travailler dans les plantations de café puis de sucre. L'esclavage a profondément marqué la société réunionnaise et son héritage est encore visible aujourd'hui.



le code noir


L'arrivée de l'esclavage à La Réunion remonte au XVIIe siècle, lorsque l'île est devenue une colonie française. Les premiers esclaves africains ont été introduits en quantité sur l'île pour travailler dans les plantations de café. Cependant, c'est la culture de la canne à sucre qui a dominé l'économie de l'île et qui a conduit à une augmentation spectaculaire du nombre d'esclaves importés.


Au départ de l’Afrique occidentale, ce furent à partir de 1702 quelques recrues du hasard que des navires troquèrent puis revendirent à Bourbon ; le nombre de ces esclaves était alors dérisoire.


La Compagnie des Indes fit ensuite transporter vers Bourbon des Africains de l’Ouest : 200 esclaves de Juda en 1729, 76 puis 188 esclaves de Gorée en 1730 et 1731.

Interdit en 1731, ce trafic fut à nouveau autorisé en 1737 par Mahé de La Bourdonnais et une certaine relance s’effectua de 1739 à 1744.

Les importations régulières s’arrêtèrent ensuite malgré les multiples demandes des administrateurs de Bourbon : les derniers Africains de l’Ouest arrivèrent à Bourbon en 1767.



L'Aurore, bateau négrier


Madagascar fut très tôt une source de traite : dès le Xe siècle, et peut-être même avant, les musulmans s’y fournissaient en esclaves ; les Portugais au XVIe siècle, les Néerlandais et les Anglais au XVIIe siècle s’y approvisionnèrent. Entre 1685 et 1726, des pirates installés dans le Nord de la Grande Île livrèrent occasionnellement des esclaves à Bourbon. Désireuse de mettre en valeur Bourbon, la Compagnie des Indes prit ce trafic à son compte en 1717 : Madagascar était la source de traite la plus proche de Bourbon.


Au cours des années 1700 et 1800, ce sont donc des centaines de milliers d'esclaves qui ont été transportés de force de l'Afrique et de Madagascar vers l'île de La Réunion. Les conditions de transport étaient atroces et de nombreux esclaves sont morts avant même d'atteindre leur destination.




conditions de transport


À leur arrivée, les esclaves étaient vendus aux propriétaires de plantations et séparés de leur famille et de leur communauté. Les esclaves étaient considérés comme une propriété et étaient soumis à un traitement brutal et inhumain.

La vie des esclaves sur les plantations de canne à sucre était extrêmement difficile. Ils étaient forcés de travailler pendant de longues heures dans des conditions difficiles et dangereuses. Les esclaves travaillaient sans vêtements dans les champs, ce qui entraînait des blessures et des infections. Ils étaient également soumis à des punitions corporelles brutales s'ils n'atteignaient pas les objectifs de production de leurs propriétaires.


L'esclavage a également eu des conséquences sur la famille et la vie communautaire des esclaves. Les enfants étaient souvent séparés de leurs parents et vendus à des propriétaires de plantations différents. Les mariages et les relations familiales étaient découragés, car les propriétaires de plantations considéraient les esclaves comme des objets et non des êtres humains.



approvisionnement Madagascar


La fin de l'esclavage sur l'île de La Réunion est survenue en 1848, lorsque le gouvernement français a décidé d'abolir l'esclavage dans toutes ses colonies.


Le 27 avril 1848, le gouvernement provisoire décrète l’abolition de l’esclavage sur toutes les terres françaises. En mai 1848, Sarda Garriga est nommé commissaire général de la République. Il reçoit la mission de faire appliquer le décret du 27 avril à l’Ile de la Réunion. Il arrive à la Réunion, en octobre 1848 dans un climat fort hostile.

Pendant deux mois, il fait le tour de l’île pour convaincre à la fois, les esclaves et les colons du bien fondé de l’abolition. Le 20 décembre 1848, plus de 60 000 esclaves sont libérés dans le calme et sans effusion de sang.


Manquant de main-d’œuvre, des planteurs envoyèrent des recruteurs en Afrique avec pour mission d’acheter des esclaves qu’ils affranchissaient sur le champ avant de leur faire “signer” dans la foulée des contrats d’engagement de 10 ans, et parfois sans limite de temps.


Formellement, les hommes et les femmes ainsi enrôlés étaient des “engagés”. En réalité, il s’agissait d’un esclavage déguisé qui mettra une trentaine d’années pour disparaître. Du fait de l’Abolition, toute l’organisation économique de l’île fut ébranlée. Par ailleurs, les affranchis non insérés dans l’économie de plantation se réorganisèrent pour survivre. Contrairement aux craintes, l’abolition de l’esclavage n’entraîna pas une catastrophe économique, bien au contraire.


Selon une enquête réalisée à la demande des planteurs, au début de l’année 1848, la population servile travaillant dans les exploitations employant plus de 10 esclaves s’élevait à 48 698 personnes dont 53 % d’hommes, 25,8 % de femmes et 21,2 % d’enfants.


Une partie des affranchis quittèrent les plantations pour partir à l’aventure vers les Hauts de l’île où, depuis la fin du 18ème siècle, des groupes de Petits-Blancs avaient commencé à s’établir. Comme eux, ils se sédentarisèrent et mirent en place une économie de subsistance fondée sur la cueillette et quelques activités agricoles rudimentaires.



liberté


Certains affranchis ont pu s’insérer comme hommes de peine dans les agglomérations côtières les plus importantes. D’autres ont été embauchés par des Libres de couleur devenus agriculteurs dès avant l’Abolition. En effet, 5 865 esclaves ont été affranchis entre 1830 et 1847. Parmi eux, il y avait 299 cultivateurs qui possédaient des terres et des esclaves pour les cultiver. Cependant, beaucoup n’ont pas pu se réinsérer normalement dans la nouvelle société. Pour vivre, certaines femmes n’eurent d’autre possibilité que de se livrer à la prostitution. Les enfants, les vieillards, les accidentés du travail devinrent un sous-prolétariat croupissant à la périphérie des bourgs. Le premier hospice de Saint-Denis, qui ouvrit ses portes en 1850 vit arriver “de toutes parts, des malades, des infirmes, des vieillards”. Les épidémies firent des ravages au sein de cette population.


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